Tendances

Les agences de presse : du prêt-à-porter au sur-mesure

Historiquement, les clients des agences d’actualité se plaignent de devoir acheter toutes les tailles de toutes les couleurs pour ensuite ne porter qu’un seul vêtement à la fois. Dominantes depuis près de 3 siècles avec leurs contenus « prêt-à-porter », l’avenir des agences de presse se situe dans le sur-mesure. La flexibilité – commerciale, logistique, éditoriale – devient donc essentielle.

La flexibilité commerciale commence au niveau des modèles économiques. Alors que la plupart des grandes agences basent l’entièreté de leur business sur la vente d’abonnements, permettant d’accéder à un très grand stock de droits sur une base forfaitaire, les clients – surtout dans les médias traditionnels et les entreprises – veulent pouvoir payer à la demande, en concentrant leurs achats sur leurs besoins exclusivement.

La souplesse logistique est devenue essentielle, car la diversité technologique des clients doit être intégrée comme croissante et incontournable. Elle s’impose en termes de format technique (XML, RSS et autres) tout autant qu’en termes de fréquence de livraisons, d’indexations entre les articles et de tailles des contenus fournis.

Alors que des régions du monde émergent comme nouveau pôles économiques forts, la capacité à refléter cette géopolitique contemporaine de manière évolutive manque cruellement aux grandes agences mondiales qui ont raté les tournants chinois ou brésiliens, et ratent, en ce moment même, la diversification vers l’Indonésie, la Malaisie et le reste de l’Asie du Sud Est.

Déployer une vision globale enrichie d’une compréhension locale est la première étape pour passer du prêt-à-porter au sur-mesure. Une fois compris, le besoin local – considéré comme valide et pertinent – doit ensuite être servi.

Il sera de plus en plus difficile de vendre un service 100% international, sans aucune composante locale. En effet, alors que les tops stories n’appartiennent plus à personne, Reuters et AP ne peuvent créer de la valeur ajoutée que par la mise en perspective et l’analyse transversale des différentes informations par ailleurs connues de tous. En allant une étape plus loin, ces grandes agences doivent enrichir leurs offres globales de services purement locaux, continuant ainsi à renforcer leur position de guichet unique pour les entreprises de médias. Des partenariats avec des acteurs locaux sont mutuellement bénéficiaires, la présence locale donnant une pertinence réelle à l’offre globale, l’onction de l’agence globale crédibilisant le partenaire local.

Enfin, un fournisseur devrait pouvoir refléter la complexité croissante du monde en proposant des services de haute qualité journalistique pour tous les public-cibles, toutes les verticales… A force de différencier de manière totalement imperméable les news sérieuses des légères, les deuxièmes s’éloignent de plus en plus des normes de déontologie et d’indépendance pourtant nécessaires. Ce faisant, les agences négligent une opportunité de business lucratif tout en renforçant la prise des contenus « non-journalistiques » au sein des organisations de médias, qui sont leurs clients historiques et naturels.

Pour conclure, la flexibilité essentielle est d’abord mentale : il faut accepter le changement pour pouvoir le comprendre. Et y faire face. Avec succès.

Clément Charles

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