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#CHRONIQUE : Ne plus retourner au bureau, pour mieux le ré-inventer

Chronique écrite par Jean Meneveau, partner chez Colombus Consulting

Le télétravail est sans doute le grand gagnant de la crise du Covid-19, avec des dispositifs en marche forcée durant plus de deux mois. Ce qui s’annonçait comme une réponse incertaine et transitoire à la crise sanitaire, s’est imposé dans les habitudes travailleurs suisses … pour ceux dont l’activité le permettait. Selon l’étude Colombus Consulting (*), pendant le confinement près de 80% des employés suisses souhaitaient à l’avenir des options de télétravail plus fréquentes et communes. De quoi soulager les entreprises, noyées sous les contraintes sanitaires et organisationnelles qui interdisent un retour massif au bureau dans les prochains mois. Mais aussi de quoi poser les bases d’une réflexion à plus long terme : quel avenir pour des bureaux que la distanciation sociale a déshumanisés, et que les salariés se plaisent à esquiver ?
Il y a une chose que l’on peut reconnaître à toute crise : c’est toujours un accélérateur de tendances. Même quand le futur est incertain, comme c’est le cas aujourd’hui, elle pose les bases de ce que l’homme ne veut plus, et nomme les choses auxquelles il aspire. La crise du Covid-19 n’échappe pas à la règle. Elle a renforcé notre besoin de sens et de lien social, en même temps qu’elle est venue fragmenter l’espace et le temps. Le télétravail forcé a trouvé ses fidèles et vient déjà poser la question des modèles de demain, tant dans notre façon de travailler que dans celle d’occuper des locaux qui devront revêtir de nouvelles fonctions.

La crise sanitaire réinterroge nos modes de travail
Le confinement a été la preuve manifeste de l’incroyable résilience de l’Homme, de sa capacité à adopter rapidement de nouveaux usages et de nouveaux outils et à tenir la barre, même à l’isolement. Il a fait tomber aussi les préjugés peu flatteurs qui entouraient le télétravail ; paravent, disait-on, d’une certaine forme de paresse. Après le confinement, toujours selon l’étude Colombus Consulting (*), une large majorité (64%) des travailleurs suisses qui ont découvert le télétravail ces derniers mois déclarent vouloir prolonger la pratique une fois la crise passée. Et ce, malgré les difficultés qu’il peut représenter, tant pour équilibrer vie professionnelle et vie privée, que pour entretenir le lien.

Le télétravail va dans le sens de l’Histoire
Les organisations devront apprendre à gérer l’engouement actuel qui se marie si bien avec la distanciation sociale imposée. Il ne s’agit pas de tomber dans le ” Tous chez soi “, cela n’aurait pas de sens. Cela serait même dangereux.
Ce simple constat vient brutalement bouleverser les paradigmes : il n’est plus question de se demander comment mieux travailler au bureau, mais plutôt de s’interroger sur ce qu’on va bien pouvoir y faire ! En clair : qu’est-ce qui va pousser les gens à s’y rendre alors qu’ils opèrent très bien depuis chez eux, et sont parfois même plus efficaces, plus concentrés et plus heureux ? C’est inattendu, et presque vertigineux par certains aspects, mais demain, les entreprises devront créer de bonnes raisons de faire venir leurs collaborateurs au bureau.

Le bureau, un lieu où l’on s’engage
C’est l’un des effets secondaires du Covid : l’immobilier d’entreprise va devoir se réinventer. D’abord, pour respecter les protocoles sanitaires : on assassine le flex-office, on armure de plexiglas les open spaces. Ensuite, pour écouter le cœur des hommes. Car demain, le bureau deviendra un lieu choisi. Il ne sera plus le lieu où l’on travaille, mais celui où l’on s’engage : un espace de créativité collective, d’excellence humaine. Il sera aussi, pour les organisations, une terre d’incarnation, où le sentiment d’appartenance se diffuse, où la culture d’entreprise se déploie, où la raison d’être se réaffirme.
A l’heure de la spécialisation du temps, il deviendra une sorte de flagship, à la fois berceau du collectif et théâtre d’ateliers solidaires, d’actes managériaux, de temps d’échanges conviviaux qui permettent de créer des relations de qualité. C’est là, que les chefs d’entreprise devront combattre la tentation du repli sur soi, et que les managers devront éprouver leur savoir-faire au service de la cohésion et de la préservation du lien.

Un accompagnement urgent
Même si les besoins de changement semblent évidents, il doit se faire rapidement avec un accompagnement adapté. D’un côté, les premiers retours au bureau se font de manière progressive et redoutée. En effet, cette situation exceptionnelle a généré une dose de stress plus importante pour 36% des employés suisses – étude Colombus Consulting (*).
Évidemment, cette mutation ne va pas s’opérer du jour au lendemain. Elle sera progressive, parfois silencieuse, et elle exige, dès à présent, de repenser la fonctionnalité et l’usage des bureaux, en insistant sur leur modularité et leur réversibilité. L’heure est aux espaces agiles, ultra-connectés et reconfigurables, où le digital prend toute sa place et laisse pénétrer des outils vocaux, sans contact. Une opportunité unique de revoir l’espace, les services et les outils de collaboration avec plus de sens pour les individus et le collectif.

(*) Source : Etudes d’opinion Colombus Consulting – Indice de confiance et perspectives des consommateurs

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Victoria Marchand

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Un commentaire

  1. Je crois que la pandémie COVID-19 affectera certainement les conditions du bail et les tendances de l’immobilier de bureau en général – tout d’abord, le type d’espace que les locataires rechercheront. Les propriétaires seront obligés de s’adapter pour répondre aux souhaits et aux craintes des clients.
    Il est intéressant de noter qu’après la crise économique précédente, les entreprises avaient tendance à accueillir davantage de personnes dans une zone plus petite en raison de l’optimisation des coûts de location. Ainsi, le format d’espace ouvert a gagné en popularité dans le monde entier. Il est possible que cela change à l’avenir, car après la mise en quarantaine, les entreprises internationales introduiront de nouvelles instructions pour l’aménagement des bureaux avec l’obligation de maintenir une distance de sécurité entre les employés. Il est également prévu que la tendance au hot-deck augmentera, c’est-à-dire que les emplois ne seront pas attribués aux employés.

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