Tendances

Et si j'allais travailler dans la pub?

«Nous organisons un concert. Et nous comptons sur vous pour faire un peu de publicité à cet événement.» Combien de courriers de ce type sont-ils adressés aux rubriques culturelles des médias?  Et il en va sans doute de même en société ou en économie pour d’autres formes de consommation. Le mot publicité dresse généralement le journaliste sur les pattes arrières. Nous les journalistes, nous trions, hiérarchisons, transmettons de l’information. Nous ne faisons pas de publicité! Pourtant, détendons-nous- un peu. Ce qui nous blesse, dans ce genre de demande, c’est la méconnaissance de notre métier.

Il m’est arrivé une ou deux fois qu’on me demande combien il faut payer pour obtenir, non pas une mention dans un mémento, mais un article dans un journal. La question semblait toujours posée avec la plus complète des naïvetés. J’ai simplement demandé à mon interlocuteur quelle crédibilité il donnait à ce qu’il lisait s’il pensait que les organisateurs des concerts, des spectacles, des expositions, payaient les présentations, voire les critiques. J’ai eu le droit à un silence troublé. Sans doute, de telles incongruités sont rares. Mais il reste une zone grise d’incompréhension, due en partie au fait que, comme les cordonniers se chaussent mal, nous informons mal sur notre profession.

Donc, les journalistes trient, hiérarchisent, transmettent de l’information. Cela signifie qu’ils choisissent, avec subjectivité sans doute, mais aussi avec un savoir-faire, une expérience, une connaissance des dossiers. Jusqu’où choisissent-ils? Qui peut ne pas parler du film qui est dans toutes les salles, ou des grands festivals de l’été? Difficile en effet, non pas tant à cause des pressions publicitaires  – et voilà à nouveau dame pub! – que simplement parce que nous présentons une attente des lecteurs, pour un traitement de cette actualité là. Pourtant, selon le type de presse, cela pourra se résumer à un simple coup de griffe vite envoyé ou devenir un véritable feuilleton people. Chacun ses choix….

Cela signifie-t-il qu’il faudrait, comme le disait un rédacteur en chef de la presse romande (je crains qu’il ne soit resté fidèle à cette vieille citation) ne donner à lire au lecteur que ce qu’il connaît déjà? Le journalisme en général, et le journalisme culturel plus encore il me semble, me serait alors un métier bien ennuyeux. Un métier où l’on aurait franchement tort de monter sur nos ergots quand on nous confondrait avec des publicitaires. Je crois même que dans ce monde là, j’irai travailler de bon coeur dans une agence de pub. Quitte à chercher des slogans, autant que ce soit avec des véritables professionnels, non?

Mais pour le moment, publicité et journalisme sont encore deux branches qui se nourrissent l’une l’autre. Et tout le monde restera d’autant plus sain et bien alimenté qu’elles ne se confondront pas.

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elisabeth@cominmag.ch

Journaliste culturel, responsable de Sortir le guide culturel du Temps.

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