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Konbini : premier bilan après 18 mois de pop culture en Suisse

D’Alain Berset à Marina Rollman, ou comment Konbini s’est lancé sur l’actu helvétique pour offrir un regard neuf et frais. Interview d’Antoine Multone, rédacteur en chef suisse et Yannick Chevailler, directeur développement.

Antoine Multone et Yannick Chevailler

Est-ce que ce n’est pas fou de se lancer sur le marché des médias aujourd’hui ?
Antoine Multone (AM) Non ! Le monde des médias change, et très rapidement. En Suisse comme ailleurs, l’arrivée de nouveaux acteurs a modifié la donne : les changements des habitudes de consommation de l’info ont redistribué les cartes. Pour les journalistes et leurs rédactions, ce contexte a ouvert la voie à de nouvelles formes d’écriture et demande de nouvelles compétences : la presse écrite propose des contenus « augmentés », les radios sont filmées ou en podcast, les télévisions ont abandonné la linéarité des contenus pour développer une offre à la demande, découpable et adaptée aux centres d’intérêts spécifiques du spectateur. Bien ou mal ? Là n’est pas la question : aujourd’hui tout le monde s’adapte, et les pistes sont souvent passionnantes.

Konbini en quelques mots….
Yannick Chevailler (YC): Konbini est un média fondé il y a 10 ans à Paris, et qui est parti de la pop culture. Un ton frais, nouveau et surtout des formats ultra efficaces : le Fast & Curious, interview très rapide avec à chaque fois deux choix qui montrent d’autres facettes des artistes qui y répondent. Ou le Track ID, format très apprécié pour ses références musicales souvent pointues. Du hip hop au stand-up, du théâtre à des sessions live, Konbini a proposé des formats vidéos qui sont aujourd’hui souvent repris par d’autres.

Et ces nouveaux codes ont un peu cassé internet. Konbini est devenu l’un des médias les plus suivis en ligne (4 millions d’abonnés sur Facebook, environ un million sur Snapchat et Instagram) dans la francophonie. En tout, nous cumulons une audience cumulée de 200 millions au niveau mondial.

Orelsan & Sebastian Strappazzon, Lavaux 2018

AM: Depuis deux ans, nous avons ajouté à nos thématiques de base (musique, cinéma, séries, photo, sport et food) une nouvelle ligne : Konbini News. Notre façon de couvrir l’actu est très appréciée. Via des reportages aux quatre coins du monde incarnés par Hugo Clément, par des interviews politiques ou sur des thématiques de société, nous parlons de tout. Et la recette fonctionne mieux que prévu : un véritable engouement s’est créé autour de notre façon de traiter l’actu, avec sérieux mais en donnant la parole à d’autres acteurs. En juste deux ans, la partie News a dépassé tous nos autres formats. Preuve que la demande pour de l’info est très présente chez les 18-30 ans.

Quelle est la ligne éditoriale de Konbini ?
AM: D’une journée consacrée à la lutte contre le plastique, en collaboration avec France Inter, à l’interview « Sandwich » de Bernard Rappaz (ou comment parler de cannabis en évitant la censure de Facebook) : notre public, composé quasi exclusivement de 18 – 30 ans, nous suit pour cette raison. Pas d’exhaustivité sur l’actu (d’autres le font mieux que nous), mais un choix de sujets originaux, créatifs ou décalés. Notre ligne éditoriale s’attache à identifier les thèmes qui mobilisent la jeunesse, les acteurs qui en parlent, les actions qui se mettent en place. Et nous les accompagnons. Suite à un reportage d’Hugo Clément au Kasaï, Konbini lance, en collaboration avec des ONG, une campagne de financement participatif et récolte 500’000 € pour les enfants menacés de famine. Un fait rare, et la preuve d’une communauté engagée autour de nos thèmes.

Bernard Rappaz, Vevey, 2018

Aujourd’hui, cette dimension journalistique et collaborative avec notre audience s’amplifie encore. Avec Mediapart, Rue 89 ou la cellule d’investigation de Radio France, nous soutenons le lancement de Disclose, une équipe d’enquêteurs qui va travailler en toute indépendance, et grâce aux impulsions du public. Dans cette même vision qu’un média est acteur de la société, Konbini vient juste de remporter le prix Google #DigitalNewsInnovation. Un fond qui nous permet de produire des boutons d’action directement à la fin de nos articles, pour sensibiliser notre audience et lui donner un outil simple et sécurisé pour supporter les causes qui leurs tiennent à cœur.

Depuis 18 mois, Konbini est en Suisse. Pourquoi ?
AM: Parce que l’info locale a la cote. Parce que notre public est autant intéressé par des grandes problématiques globales que par ce qu’il se passe là, juste à côté de chez soi. Et parce qu’une foule d’initiatives, de projets culturels et artistiques s’y lancent, et que peu de médias s’en emparent et les proposent à ce public jeune et mobile. Le succès est bien là : en mars 2019, nous avons réalisé 4 millions d’impressions de nos contenus, uniquement sur le public suisse et sur Facebook.

Rossi de Palma, Lausanne 2018

YC: Et bonne nouvelle pour nous : les contenus helvétiques marchent très fort. Notre site internet également. De 150’000 pages lues en Suisse lors de notre lancement en 2017, nous avons atteint 600’000 pages consultées le mois passé en Suisse. En d’autres termes, notre audience sur le site a quadruplé en 18 mois. Et cela progresse vite, malgré les changements d’algorithmes qui ont fait du mal à beaucoup d’acteurs. Preuve que l’attachement à notre image, à nos valeurs et nos formats vidéos ultra-identifiables nous portent.

AM: Les acteurs suisses nous font d’ailleurs confiance. Du Prix Nobel Jacques Dubochet à Marina Rollman, en passant par Alain Berset ou Christian Constantin, toutes et tous ont joué le jeu, quitte à prendre des risques. Nos équipes ont suivi les thèmes qui font bouger la jeunesse helvétique, des grèves pour le climat à la question de l’antispécisme, les inégalités sociales ou les droits LGBT. À chaque fois, nous cherchons des moyens différents pour en parler, plus directes, plus proches des façons de penser de cette génération.

Alain Berset, Vevey, 2018

Quelles sont vos ambitions ?

YC: Aujourd’hui, Konbini continue son développement en Suisse. Notre équipe s’agrandit, nous sommes partenaires de nombreux festivals et avons inauguré notre première Nuit Konbini, ou comment aller à la rencontre de notre public « en vrai », loin du virtuel et des réseaux. Un événement centré sur la relève culturelle d’ici, qui se veut ambitieux et à l’origine d’une vraie communauté autour d’un média et de valeurs.

AM: Nous poursuivons cela en développant la partie Suisse allemande du site, avec une approche à la fois similaire et malgré tout adaptée aux sensibilités locales, avec les acteurs qui font la Suisse allemande, les artistes qui montent et les enjeux de société. Les élections fédérales de cet automne seront, à cet égard, un moment-clé pour développer notre approche de l’info dans toute la Suisse. Si les défis sont nombreux, nous pouvons tabler sur cette expérience forte d’un média présent dans 6 pays et qui a su comprendre le changement d’époque.

Konbini.com, 2019

Question: Comment Konbini fonctionne économiquement ?
YC: En 18 mois, nous avons rencontré un écho très favorable, en particulier auprès de marques à la recherche de nouvelles approches de communication, à la conquête de nouveaux consommateurs, comme notre public, celui des 18-30 ans.
Avec une offre commerciale s’articulant sur la création originale d’articles, de vidéos, de sponsoring de séries, de relais événementiels, et de display, nous apportons au marché un véritable moyen de s’adresser à une cible qui consomme, vit, communique, différemment.
Notre offre a déjà séduit plusieurs marques en Suisse comme notamment: COOP, Romande Energie, Crans-Montana, Thomy, Nescafé azera, Nespresso, Swiss Basketball, Dimab Groupe, Mini, Assura, Canal+, Zweifel, Loterie Romande, Swiss, Clarins…
Après 18 mois d’existence, nos résultats d’audience et notre chiffre d’affaires nous confortent dans notre décision d’être présent en Suisse.

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Victoria Marchand

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