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La pomme de terre, bonne pour la tête

Elle a été objet de curiosité, voire de crainte. Mais je ne vais pas vous faire ici une leçon d’histoire sur la plus célèbre des immigrées intégrées ou vous dresser le portrait de monsieur Parmentier. Non, c’est bien de la pomme de terre d’aujourd’hui que je vais vous parler en ce début 2010. C’est une affiche qui m’a donné cette envie. Je l’ai découverte en ouvrant un e-mail belge annonçant le Brussel Film Festival. Il y avait là, non pas une des célèbres frites du plat pays mais une patate entière, juste épluchée de façon à laisser trois rectangles, comme un maillot de bain. Je me suis dit que le tubercule inspirait les créateurs belges de la même façon que ceux qui ont ces dernières années décliné en Suisse une série de pubs qui épluchaient et déguisaient des pommes de terre en toutes sortes de choses pour nous inciter à en acheter – et à en manger – plus.

La pomme de terre, toute ovale, se dessine, se sculpte, se pare, pour les artistes comme pour les publicitaires. Déjà, Van Gogh a peint voilà plus d’un siècle de saisissants Mangeurs de pomme de terre. Et depuis, objet fragile, éphémère, à la portée de toutes les bourses, la patate a donné lieu à des expositions entières. Elle est bien sûr appréciée des ceux qui se sont fait une spécialité des matériaux organiques, alimentaires et périssables. Comme le Français Michel Blazy, qui étend dans les centres d’art des pommes de terre en flocons. Un peu d’eau, de colorants et des moisissures incroyables vont venir altérer, dessiner la surface. Mais pour lui, la pomme de terre n’est qu’un élément parmi d’autres. Il a aussi paré des murs de poils de carotte ou organisé des bouquets de spaghettis. Il aime partir de matériaux triviaux pour offrir des visions surprenantes. C’est un plaisir de l’artifice.

Le Suisse Vincent Kohler, lui, crée avec de fausses pommes de terre des monstres géants et drôles. Qu’il n’hésite pas à baptiser Charlotte. Et un autre Suisse, René Lovy, sculpte de petits personnages dans la chaire de véritables tubercules qui vont vieillir, se rider, se ratatiner… Et se transformer en vieillards. Oui, la pomme de terre peut nous ressembler. A moins que ce ne soit le contraire.

Et puis, la pomme de terre, c’est aussi un formidable moyen d’introduire les enfants aux techniques d’impression. On peut sculpter, graver des formes, et même tout l’alphabet dans des bintches ou des BF15. Et puis s’en servir comme autant de tampons, écrire des textes…. Ces bricolages amusants redonnent à l’imprimerie sa lenteur originelle. Une lettre est une lettre, un mot un mot. Et une phrase est un monde…

Non, la pomme de terre n’est pas qu’un féculent pour lester les ventres affamés. Elle est aussi bonne pour la tête.

Voilà. J’arrête là. La RSR et la pomme de terre amandine viennent de me donner l’heure…

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elisabeth@cominmag.ch

Journaliste culturel, responsable de Sortir le guide culturel du Temps.

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