Révolution marketing sans doute. Mais pour vendre quoi ? C’est ce que je voulais voir de mes yeux. Bien que Yoshiko soit très à l’aise en français, nous avons choisi, pour son confort, de voir la version doublée. Certes, même ainsi, j’ai pu me rendre compte que le casting et le jeu sont d’une excellence inhabituelle. Pourtant, nous sommes sortis très en colère. Et Yoshiko, elle, avait surtout mal à la tête. J’avais souhaité glisser un peu de réalisme dans son image de la Suisse, elle n’idéalise en tout cas plus le cinéma helvétique.
Notre colère et sa migraine avaient la même cause : le rythme de Grounding, dont tant se sont félicités. Je n’ai aucune allergie de principe aux rythmes soutenus. Mais là, j’avais simplement l’impression que d’un bout à l’autre tout ne faisait que me proclamer jusqu’au harcèlement : «Voyez comme c’est palpitant ! Mais puisqu’on vous dit que c’est passionnant». La musique, avec ses tempos aussi lourdingues qu’une marche militaire, bien sûr, mais surtout les images. Les plans se multiplient sans raison. « Il y en a souvent trois là où un seul suffirait », m’a confirmé un cinéphile plus avisé que moi. Pour faire le lien avec les nombreuses archives d’actualités utilisées, la partie fictionnelle est souvent « déguisée » en images volées, comme prises derrière une vitre, à la sauvette, par des reporters qui auraient été plus hardis que ceux qui ont filmé les conférences de presse de l’époque.
Bref, tout cela sent la fabrique à plein nez. Ou l’exercice de style poussé à l’extrême, telle une mécanique collée de force sur une histoire qu’il aurait peut-être été plus adéquat d’installer dans le rythme lent et angoissant des sables mouvants que dans celui d’un incessant combat de mafieux. Simple question de point de vue? Non, puisqu’on nous l’a aussi dit et répété, l’autre grand intérêt de Grounding, c’est d’être un film de producteur plutôt qu’un film d’auteur.