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Livre et IA : quels défis?

Ce jeudi 7 mars, les rendez-vous professionnels du Salon du livre de Genève ont porté sur « L’IA : les défis du monde de l’édition ». Le premier orateur, Pierre Vandergheynst, directeur académique du Centre des Systèmes Intelligents de l’EPFL, a, en rappelant le fonctionnement de l’IA générative, tenu à préciser que cette technologie n’est ni nouvelle ni avant-gardiste.  » ChatGPT peut prédire la liste des bestsellers, mettre en avant des recommandations d’achat pour du e-commerce, aider à la collecte de données, proposer une correction orthographique ou rédiger un ouvrage en se basant sur les informations existantes dans le web, mais elle est incapable de créer quelque chose totalement novateur. Ces modèles sont tournés vers le passé puisqu’ils ne font que reproduire des chaînes de décisions passé. »

Rien de nouveau, soit! Mais terriblement efficace, faut-il dès lors craindre et s’alarmer face à une destruction de valeur à venir ?

Pour ce chercheur, la technologie doit être comprise pour être maîtrisée. Alors à quoi pourrait bien servir l’IA pour le monde de l’édition ? « On ne doit pas oublier que ce secteur comprend également de la communication, du marketing et de la vente. L’IA pourrait aider à gérer les stocks en permettant de mieux appréhender les commandes, ou de proposer des versions audio ou vidéo des livres et ainsi offrir un meilleur service clients et une expérience augmentée. »

Le point de vue d’un éditeur
La Harvard Business Review n’a-t-elle pas annoncé une croissance de 50% et une baisse de coûts à tous les secteurs qui ne tarderont pas à intégrer l’IA dans leurs processus de décision et production ?

Cette approche très productiviste est en partie partagée par le libraire canadien Simon de Jocas, président des éditions québécoises Les 400 coups. « L’IA va certainement nous aider dans la gestion de nos maisons d’édition mais quid de la question des droits d’auteurs ? A qui faudra-il attribuer la paternité d’un livre écrit tout ou partie par et avec de l’IA ? » Reconnaissant utiliser ChatGPT, il est conscient « de nourrir la bête ».. mais se pose la question du prix de l’efficacité ?

Le point de vue d’une traductrice
Pour la traductrice Camille Luscher, directrice du domaine allemand des éditions Zoé, le prix à payer de l’IA est déjà tangible : – 50% de ses revenus. « Les entreprises gèrent désormais à l’interne les traductions techniques, économiques ou commerciales, la partie littéraire est encore du ressort de professionnels humains. » Et de réclamer que l’on s’engage contre l’IA générative!

« Faire une première traduction sur DeepL et nous confier la relecture et la réécriture n’est pas, contrairement à ce que l’on croit, une solution bon marché. Ces pré-traductions ou sorties machine demandent une recontextualisation. Nous devons déconstruire le travail de la machine pour pourvoir resourcer le texte. Au final, l’humain seul aurait été plus efficace. »

Contrairement au développement du digital qui a pris tant de temps, on constate que l’adoption de l’IA a été immédiate. Il y a plein de questions et encore peu de réponses. On se réjouit des prochains rendez-vous professionnels pour voir les choix que le monde de l’édition aura pris.

 

 

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