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Petits moments de nostalgie heureuse

Vous aimez Modiano, Perec, Nimier, Salinger ? Vous aimerez Disle, Olivier de son prénom.

On sent ces influences chez ce garçon, mais des influences bien digérées qui donnent un livre vif qui se lit vite (même si, comme moi, on lit lentement) et qui procure des bouffées de plaisir. Si vous avez autour de cinquante ans (l’âge de l’auteur à un an près si mes calculs sont bons), il vous amusera encore plus car les références dont le livre est truffé feront sans doute écho à vos propres souvenirs. J’avais par exemple totalement oublié que Goscinny avait imaginé, peu de temps avant sa mort, une série de sketches mettant en scène Georges Bouchard, un français tout ce qu’il y a de plus moyen interprété par un ancien comédien du Français, Jean-Claude Arnaud (que Disle croisera des années plus tard dans la rue, événement relaté dans l’une des chroniques). Comme Disle et moi avons fréquenté la même agence de publicité au même moment vers la fin des années 90, j’ai connu certaines des personnes qu’il cite et les passages les concernant m’ont rappelé quelques souvenirs.

Tel cet Américain venu nous faire profiter de son expérience créative de la lessive et qui m’avait embarqué dans un séminaire en Belgique sur une nouvelle variante d’Ariel, la célèbre lessive « premium » de Procter & Gamble. Ladite réunion était censée provoquer chez nous un enthousiasme débordant à l’idée de travailler sur un détergent qui gardait les vêtements neufs même quand ils ne l’étaient plus (une promesse ou plutôt une sur-promesse à laquelle les consommateurs n’avaient pas vraiment cru). Par ailleurs la réunion se passait à une dizaine des kilomètres de Spa-Francorchamps et j’avais rêvé pendant deux jours de pouvoir apercevoir en vrai ce circuit mythique. Mais la petite troupe Saatchi avait repris le Thalys sans passer par la case F1. Rageant.

Des anecdotes comme celle-ci, mais bien mieux racontées, vous en trouverez une multitude dans « J’ai une bonne solution de repli sur Mimizan », car Olivier Disle est une sorte de collectionneur maniaque de moments, d’anecdotes, de choses vues, lues ou vécues. Il a un faible pour le petit, l’insignifiant, le ringard, le médiocre même, auxquels il donne de la grandeur par le seul intérêt qu’il leur porte. Ça donne des situations drôles, émouvantes, touchantes comme tout ce qui touche à la vie. En le lisant, j’ai eu envie de me promener à Neuilly Plaisance, d’entrer chez Emmaüs pour trouver des livres que je ne cherchais pas, et les acheter. Comme lui, j’aime les brocantes et les livres d’occasion dans lesquels traînent parfois une dédicace (celle de Guillaume Apollinaire sur un vieux recueil de textes érotiques déniché à Carouge près de Genève), ou encore une carte de visite annotée (celle de l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier dans un livre de poche acheté dans une brocante de Nyon, toujours en Suisse).

La géographie de Disle est pleine de souvenirs ou d’anecdotes qui se superposent aux lieux actuels pour leur donner de la profondeur. On pense évidemment au prix Nobel 2015 de littérature qui nous a habitué à arpenter Paris à la recherche de lieux disparus et de personnes parties sans laisser d’adresse. Il y a de la nostalgie chez Disle, le regret d’une enfance vraisemblablement heureuse dont il cherche visiblement des traces dans le présent. Les livres valant la peine d’être lus et écrits par des publicitaires ne courent pas les rues (je ne parle pas des polars ou des mémoires) et la lecture de la grosse vingtaine de chroniques qui composent le recueil vous sera profitable. Après la nouvelle qui reste un sprint (ah les métaphores sportives dans les agences de pub), on attend maintenant Disle au tournant (si j’ose m’exprimer ainsi) avec un exercice de plus longue haleine, j’ai nommé le roman, où toute ressemblance avec des personnes existants ne serait que fortuite et accidentelle.

J’ai une bonne solution de repli sur Mimizan d’Olivier Disle est publié aux éditions Cent Mille Milliards

[ASIDE]

Commercial puis planneur stratégique dans de grandes agences de communication et de stratégie de marque (Y&R, Saatchi & Saatchi, BETC , Interbrand), Oliver Disle a créé il y a quelques années son propre cabinet de consulting qu’il a appelé DISLE sans qu’on sache s’il s’agit d’un acronyme ou d’un rappel de son nom. J’ai une bonne solution de repli sur Mimizan est son premier livre.
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