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Une agence, un jour : Malika Favre à Londres

Même si elle s’autoproclame « workaholic », Malika Favre sait également très bien comment se ressourcer dès qu’elle se détache de son poste de travail. Un équilibre qui lui a permis d’enchaîner les mandats avec prodigalité depuis qu’elle s’est lancée comme indépendante en 2010. Du New York Times à Kuoni, en passant par des alphabets coquins inspirés par le Kama Sutra, tout le monde tombe sous le charme de ces courbes élégantes et colorées.

Malika Favre avait déjà entamé ses études dans une filière scientifique, à Paris, lorsqu’elle a décidé de se lancer dans une carrière créative. Après un BTS en communication visuelle, « plutôt orienté graphisme et publicité », elle choisit de poursuivre ses études à Londres. La Grande-Bretagne a toujours conservé une place privilégiée à l’illustration, en particulier dans ses variantes les plus contemporaines : « Il y a dix ans, l’illustration ne se résumait pas à la presse ou aux livres pour enfants, on en trouvait également beaucoup dans les campagnes de publicité ou au cœur des stratégies de branding ». Elle se sent attirée par cette ouverture et elle s’oriente dans cette direction ; ce contact précoce avec la tradition britannique a constitué un avantage déterminant pour définir son style et peaufiner sa dextérité.

Sa formation de graphic designer a certainement favorisé son penchant pour les univers épurés, dépourvus de toutes ornementations superflues. Les outils qu’elles utilisent sont d’ailleurs très basiques (tous ses dessins sont faits avec Illustrator) : c’est avant tout l’idée qui prédomine. Elle résume sa démarche comme une volonté de « mettre le plus possible de narratif dans un dessin très minimaliste ». A ce titre, elle aborde chaque projet un peu comme s’il s’agissait d’un logo. Dans cet esprit, les thèmes qui l’intéressent ont généralement une portée universelle : « Je recherche toujours des sujets susceptibles de parler au plus grand nombre, des motifs qui font pour ainsi dire partie de la conscience collective ». C’est le cas par exemple de sa fameuse réinterprétation du Kama Sutra qui est devenue presque instantanément virale. Réalisé initialement en 2011 pour l’éditeur Penguin books US, ce projet marque en quelque sorte le début de sa carrière et il ne cesse d’être prisé sous diverses déclinaisons.

Elle est également présente sur les réseaux sociaux, en particulier sur Instagram. Entre photographies de vacances, projets personnels et inspirations, elle avoue ne pas avoir de stratégie particulière quant aux informations diffusées : « Pour moi il s’agit surtout d’un moodboard, d’un endroit où je stocke des news qui ne se trouvent nulle part ailleurs, précise-t-elle. Même s’il y a une certaine cohérence, j’essaye de rester spontanée ». Avec 70’000 suiveurs, elle a déjà atteint la masse critique qui lui permet d’accéder facilement à une très grande visibilité. Cette approche très légère, mais efficace, correspond bien à la manière dont elle organise son travail. Entre deux voyages, Malika travaille dans un espace Live/Work dans l’Est londonien où, deux fois par semaine, une assistante vient s’occuper du shop. Pour ce qui est des questions contractuelles, une partie des relations est prise en charge par son agent : « Ce qui m’intéresse avant tout c’est de dessiner. Cet intermédiaire facilite la relation avec le client. Nous pouvons ainsi commencer d’emblée le travail créatif, ce qui facilite grandement nos rapports  ».

Dans le domaine éditorial, ses dessins figurent déjà au panthéon de l’illustration, à savoir les pages de Vogue, du New York Times ou du New Yorker. Ces expériences sont « extrêmement stimulantes sur le plan intellectuel car elles nécessitent plusieurs niveaux de lecture. Ces projets éditoriaux m’ont appris à mixer plusieurs idées en une seule image pour raconter une histoire ». Cela lui a surtout valu une reconnaissance internationale qui, en l’espace de quelques années, n’a cessé de croître. Ses silhouettes vectorielles se retrouvent désormais aussi bien sur des cartons de chaussures que des boîtes de biscuits et elle est de plus en plus conviée à développer des projets spécifiques. C’est le cas par exemple de la série réalisée dans le cadre des prestigieux BAFTA Awards, les récompenses octroyées par l’Académique britannique des arts de la télévision et du cinéma, ou encore un projet original pour la promotion des îles Canaries. Sa collaboration avec la marque de cosmétiques Séphora lui tient particulièrement à cœur : « Je m’occupe de faire des illustrations pour les emballages et il m’arrive également de faire des petites animations pour Instagram. Leur confiance et leur ouverture d’esprit permet d’envisager d’autres pistes, par exemple de décorer des vitrines ».

Depuis quelques années, elle enchaîne des mandats très variés, une gageure dans un secteur d’activité dans lequel on peut se retrouver rapidement catalogué : « En général, les clients contactent les illustrateurs en leur demandant de refaire des dessins qu’ils ont déjà faits. Pour dessiner un arbre, il faut avoir déjà dessiné un arbre auparavant. Il est très rare qu’on nous contacte pour faire une illustration totalement originale. C’est en partie ce qui m’a poussée à faire de nouvelles choses par moi-même, de manière à étoffer mon portfolio et ainsi élargir mon champ d’activités ». La meilleure façon d’ouvrir son champ d’activités passe souvent par la mise en place de projets personnels. A ce titre, l’exposition Hide & Seek, présentée en 2012 à la galerie Kemistry, lui a permis de s’ouvrir à l’architecture et à l’abstraction. Une manière efficace de ne pas rester cantonnée dans le registre « sexy et glamour » où on la cataloguait depuis le succès de sa déclinaison du Kama Sutra.

À l’heure actuelle, elle profite du nouveau statut dont jouit sa profession. « Les illustrateurs commerciaux sont reconnus à part entière sur le plan artistique. » A travers son site, Malika Favre met également en vente une sélection de sérigraphies de ses travaux, initialement parus dans des projets éditoriaux. C’est l’un des grands avantages de l’éditorial, qui laisse aux illustrateurs le droit d’utiliser leurs images dans d’autres contextes, une situation particulièrement bénéfique car, même si les cachets ne sont pas toujours très importants, les artistes profitent de l’énorme visibilité offerte par ces supports. À l’avenir, et en fonction de ses collaborations, elle compte même « sortir du medium papier » en proposant sur son site un choix d’objets qui iront des tricots aux chaussures.

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