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#Votations – Publicité pour le tabac et aide aux médias, le printemps de tous les dangers !

2022 ne laissera aucun répit aux acteurs de la communication et des médias. Que ce soit avec l’initiative «Oui à la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le tabac» ou encore avec la “loi fédérale pour un train de mesures en faveur des médias», le peuple suisse aura donc tout loisir de décider le 13 février prochain s’il veut réguler le secteur de la publicité et d’empêcher les médias privés de recevoir des aides publiques. Autant dire que le résultat de ces votations est crucial, voire vital, pour l’image des annonceurs et pour la survie des éditeurs.  Alors que pour le grand public, les enjeux sont de deux ordres : santé publique vs moins d’étatisme. Régulation vs libéralisme.

Avant de porter un jugement, voyons sur quoi portent ces deux objets:

1-L’initiative populaire «Oui à la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le tabac» a été lancé en 2019 par les principales organisations suisses de la santé, comme la Fédération des médecins suisses ou la Ligue suisse contre le cancer. Ce que ce texte veut, c’est éliminer toute publicité pour des produits de tabac (cigarette ou cigarette électronique) afin qu’aucun mineur ne puisse être en contact avec un message commercial relatif à ces produits en Suisse. Pour ce faire, ces publicités seraient bannies de la presse, de l’affichage, de nombreux sites Internet, du cinéma, des kiosques ou des manifestations. Seule la publicité qui s’adresse uniquement aux adultes, par exemple dans les e-mails ou les prospectus ciblés, serait autorisée.

Le Conseil fédéral, jugeant ce texte trop restrictif, propose un contre-projet “loi sur les produits du tabac” qui interdirait ce type de messages uniquement dans les cinémas, sur les affiches, les places de sports, les bâtiments publics, et dans les transports publics. La publicité qui s’adresserait directement aux mineurs resterait interdite. En revanche, elle serait autorisée dans la presse, dans les kiosques, lors de manifestations ou encore sur internet, sauf si elle cible directement les jeunes.

Les premiers sondages nous apprennent qu’à l’heure actuelle, 67% des votants se prononcent en faveur de l’interdiction de la publicité pour le tabac. 31% y sont opposés, et 2% ne donnent aucune indication sur leurs intentions de vote. Environ la moitié des défenseurs estime que la plupart des personnes qui fument ont commencé étant jeunes et que, par conséquent, la prévention est décisive dans cette tranche d’âge. Un tiers considère qu’il faut accorder plus de poids à la santé de la population qu’à la liberté du marché et du commerce de l’industrie du tabac. À l’inverse, les opposants au projet estiment que les jeunes ne commencent pas à fumer à cause de la publicité, mais par curiosité, sous la pression sociale du groupe et en raison de leur environnement personnel.

2-Le paquet de mesures d’aide aux médias imaginé par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, cette loi finalement acceptée par le Parlement porte sur une durée de 7 ans, et propose d’ajouter 151 millions de francs par an aux aides déjà existantes, soit 136 millions par an. L’aide à la distribution via la Poste passerait de 50 à 120 millions. La Confédération verserait également 30 millions de francs pour accompagner leur transition numérique. Le soutien aux écoles de journalisme et à l’agence de presse Keystone-ATS passerait de 23 à 28 millions.  Et la part de la redevance radio-tv destinée aux radios et télévisions privées augmenterait de 4-6% à 6-8%.

Ce projet de loi a pour ambition d’aider les médias privés qui font fasse à une baisse importante de leurs recettes publicitaires alors qu’ils doivent investir pour se transformer en plateformes digitales. Mais l’idée d’aider des médias privés n’est pas acceptée par tous. En effet, un comité nommé “Non aux médias contrôlés” a lancé ce référendum arguant que les éditeurs privés font des bénéfices et n0n nullement besoin d’aide étatique, ce qui les amène à parler de gaspillage. A noter que certaines rédactions, notamment celle de la NZZ, se montrent hostiles à toute aide étatique alors même que l’éditeur l’accepterait volontiers. L’affaire “Marc Walder” qui a fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours en Suisse alémanique suite à la publication d’un extrait d’une téléconférence où le directeur de Ringier Suisse demandait à ses rédacteurs en chef de soutenir la politique Covid fédérale, peut amener d’autres rédactions a vouloir de distancier de tout lien avec l’Etat.

Les premiers sondages indiquent qu’aujourd’hui ce référendum serait rejeté mais 7% des votants n’indiquent pas encore leurs intentions de vote, 42% disent «oui», et 51% se prononcent contre la loi. Le sondage réalisé par 20 Minutes montre que la loi ne recueille pour l’instant qu’une courte majorité en Suisse romande, et que son soutien augmente parallèlement à l’âge des votants.

Le point de vue de Cominmag
Toute interdiction publicitaire pose un problème d’inégalité de traitement. Pourquoi un produit qui est vendu librement devrait voir sa liberté de communication entravée ? Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures. Sans parler de la limitation a un seul territoire qui a encore moins de sens dans un monde où le commerce n’a plus de frontières. Résultat, cette initiative  contribuera à faire partir des investissements publicitaires vers d’autres marchés.. ce qui nous amène au référendum d’aide aux médias.

Dans ce cas, il faut différencier ici l’indépendance entrepreneuriale de la journalistique. Soutenir des maisons éditions pour qu’elles puissent accomplir leur transformation digitale ne signifie pas que l’Etat souhaite intervenir sur la ligne éditoriale. Du côté de Médias Suisses, on assure que cette aide permettra notamment d’étoffer les rédactions et ainsi augmenter la qualité et la diversité des contenus. Se priver de cette aide c’est appauvrir la diversité journalistique de notre pays et amener le public vers des médias et des plateformes étrangères. Des avantages à court terme pour les citoyens et une catastrophe pour les annonceurs et les marques suisses.

 

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Victoria Marchand

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