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Les mots qui résument l’année 2020 sont aussi significatifs de nos différences linguistiques et sociales

Chaque année depuis 2017, un large corpus numérique de textes suisses (Swiss-AL), compilé par les chercheurs de la ZHAW Université des sciences appliquées de Zurich, a permis d’établir une liste de mots particulièrement fréquents en comparaison des années précédentes. Cette liste sert de base aux délibérations de chacun des jurys afin de déceler ces mots qui font la Suisse de 2020. Ce même corpus permis ensuite de retracer l’évolution récente des mots choisis pour mettre en lumière les réalités dont ils témoignent et même qu’ils construisent.

Mots romands de l’année en Suisse romande

Première place : coronagraben
Bien sûr, 2020 restera l’année de la pandémie. Nouveau virus, nouvelle situation, nouveaux mots : le ou la COVID-19, covidiots, coronasceptiques… une ribambelle de néologismes a fleuri au fil de l’année, nous rappelant la créativité de la langue et de l’esprit humain en ces temps difficiles. Ainsi le contexte suisse de 2020 a-t-il vu naître coronagraben, issu de l’emprunt à l’allemand Röstigraben. Ce terme, qui souligne tantôt les désaccords entre cantons alémaniques et romands quant aux mesures sanitaires à prendre ou à abandonner, tantôt les fortes variations du nombre de cas selon les régions linguistiques, traduit en filigrane la relation au fédéralisme suisse et à ses mécanismes. Mais surtout, il montre que nous avons tous vécu une réalité différente selon notre région linguistique.

Deuxième place : gestes barrières
Masque, gel hydroalcoolique, se laver les mains pendant 30 secondes, se saluer du pied, aérer les lieux clos, éviter les foules… 2020 aura modifié en profondeur nos comportements, à tel point que certains ont déjà intégré leurs gestes barrières jusque dans leurs rêves – tandis que d’autres s’offusqueront intérieurement de voir des personnages de film s’embrasser et se donner la main. La notion de transgression même s’en trouve chamboulée : se faire la bise, souffler une bougie frôlent la rébellion. Si ces gestes barrières semblent s’être installés pour de bon dans nos habitudes, leur nom met en avant le paradoxe incommodant qui empreint la société de 2020 : une barrière pour entrer en contact, un geste qui nous éloigne pour nous permettre de nous rapprocher.

Troisième place : luttes
On aura beaucoup entendu parler de la lutte – contre la pandémie, le plus souvent dans les discours publics des autorités sanitaires et politiques. Comme si en 2020, combattre le virus avait écrasé, relégué toutes les autres luttes. Et pourtant, elles n’ont pas cessé : la lutte pour le climat, la lutte féministe, et la lutte anti-raciste avec le mouvement Black Lives Matter ne sont que des exemples de causes qui ont poussé de nombreux citoyens à braver le risque sanitaire pour manifester et agir. Plus que jamais, la conscience d’un monde imparfait et le désir de changement ont marqué 2020 en Suisse. Or, le pluriel atteste aussi d’un autre type de lutte : la lutte de chacun pour survivre physiquement au virus, financièrement aux fermetures ou encore psychologiquement à l’isolement. Ainsi luttes exprime-t-il l’intense pluralité des combats que tous ont menés en 2020.

Les 3 mots en allemand sont : systerelevant (système pertinent), Maskensüder (les pécheurs masqués), stosslüflten (ventilation- renouvellement de l’air)

Les 3 mots en italien sont : pandemia, responsabilità, distanza

Les 3 mots en romanche sont : mascrina, extraordinari, positivitad

 

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Victoria Marchand

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